Frédéric Chopin jouait rarement. […] Franz Liszt, au contraire, jouait toujours, bien ou mal. Un soir du mois de mai, entre onze heures et minuit, la société était réunie dans le grand salon. […] Liszt jouait un Nocturne de Chopin et, selon son habitude, le brodait à sa manière, y mêlant des trilles, des trémolos, des points d’orgue qui ne s’y trouvaient pas. À plusieurs reprises, Chopin avait donné des signes d’impatience ; enfin, n’y tenant plus, il s’approcha du piano et dit à Liszt avec son flegme anglais :
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– Je t’en prie, mon cher, si tu me fais l’honneur de jouer un morceau de moi, joue ce qui est écrit ou bien joue autre chose : il n’y a que Chopin qui ait le droit de changer Chopin.
- Eh bien, joue toi-même ! dit Liszt, en se levant un peu piqué.
- Volontiers, dit Chopin.
À ce moment, la lampe fut éteinte par un phalène étourdi qui était venu s’y brûler les ailes. On voulait la rallumer.
- Non ! s’écria Chopin ; au contraire, éteignez toutes les bougies ; le clair de lune me suffit.
Alors il joua… il joua une heure entière. […] L’auditoire, dans une muette extase, osait à peine respirer, et lorsque l’enchantement finit, tous les yeux étaient baignés de larmes, surtout ceux de Liszt. Il serra Chopin dans ses bras en s’écriant :
- Ah ! mon ami, tu avais raison! Les œuvres d’un génie comme le tien sont sacrées ; c’est une profanation d’y toucher. Tu es un vrai poète et je ne suis qu’un saltimbanque.
- Allons donc ! reprit vivement Chopin ; nous avons chacun notre genre, voilà tout. Tu sais bien que personne au monde ne peut jouer comme toi Weber et Beethoven. Tiens, je t’en prie, joue-moi l’adagio en ut dièse mineur de Beethoven, mais fais cela sérieusement, comme tu sais le faire quand tu veux.
Liszt joua cet adagio et y mit toute son âme. […] ce n’était pas une élégie, c’était un drame.
Je ne connais pas grand chose en classique mais une charmante jeune fille pianiste m’a fait découvrir les Nocturnes de Chopin ; c’est la seule chose que j’ai gardé d’elle.
Pas la moins précieuse…
Je ne savais pas que tu étais amateur de Chopin… Une des plus belles musiques créées dans ce monde…
l’habit ne fait pas le moine!!!
Bien que probablement romancée au fil des années, cette petite histoire est très touchante.